Jusqu'à ce qu'on tombe en amour comme des caves avec la mauvaise personne, avec la personne avec qui la fusion est la seule voie, avec qui se fondre l'un dans l'autre devient l'évidence, avec qui on perd le sens des limites, s'adaptant dans une danse sans fin aux désirs et envies de l'autre. Jusqu'au t'as-envie-de-quoi-ce-soir?-je-sais-pas,toi?-je-sais pas, toi? Et ainsi de suite. Les textos à longueur de journée, les surnoms tendres, les évocations lubriques, les prises de nouvelle constante. Faire corps avec l'autre.
Jusqu'à ce qu'on se perde pis qu'on se retrouve à plus savoir qui on est et qu'est-ce qu'on fait là. La bouche usée d'amour pis la langue muette. Panne sèche de cyprine. Jusqu'à ce que l'autre nous gave comme un 2 litres de crème glacée, jusqu'à ce qu'on se donne mal au coeur de s'être avalés jusqu'à la lie.
Jusqu'à ce que les coups de fil avinés à 4 heures et demie du matin, alors que le petit dort ses dernières heures du petit matin. Jusqu'aux coups à la porte de gars trop saoul, jusqu'à l'entrée obligée sinon ce sont les voisins qui se réveillent. Faut pas oublier la saine douceur du monde qui nous entoure.
Jusqu'aux crises de jalousie, jusqu'aux trahisons, jusqu'aux draps qui sentent le parfum d'un ou d'une autre.
Jusqu'aux courriels de haine suivis d'excuse. Jusqu'au retour de la douceur qui laisse présager une nouvelle folie.
Jusqu'aux menaces de mort, aux menaces de suicide. Aux textos sans fin à quatre heures du matin. À cinq heures du matin. À six, à sept. Tout le temps.
User toutes les douceurs, toutes les compréhensions, toutes les gentillesses. User jusqu'à sa propre culpabilité d'avoir mis un terme à une relation - qui était pourtant malsaine, right, on le sait tous. Péter un plomb, crisser l'autre à la porte, péter un plomb, entendre sa voix crier alors qu'on ne l'a jamais entendue hurler autant avant. Dire va chier, dire fuck you dire calisse ton camp tabarnak dire crisse moi la paix calisse. Perdre tout sens de la douceur, tout sens de l'empathie. Avoir envie que l'autre disparaisse pour toujours, qu'il se perde dans la ville une fois pour toutes, qu'il mette à exécution son fameux plan de déménager pour toujours. Avoir envie de violence pour que l'autre relève l'échine sans nous écraser.
Et puis «t'es ben violente.»
Et puis «Tu regretteras ces paroles indignes un jour. Je te l'assure.»
Et puis «C'est de la violence passive ça.»
Et puis quand le trop-plein nous envahit bien sûr que ce sont des paroles terribles, et au final on ne peut que s'en vouloir à soi d'avoir tellement manqué d'amour-propre au point où l'on s'est laissée écraser par l'autre, on s'est fondue, masochiste, dans le désir et la définition de l'autre. Délicieuse perte de soi. Et on déteste ce laisser-aller auquel l'autre se livre encore. On voudrait qu'il cesse, alors que soi-même on est si fragile.
Et bzz bzzz. Un nouveau texto vient de rentrer.
Se perdre dans l'autre.
Se perdre.
Perdre l'autre.
(un texte de 2013)
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