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mardi 15 août 2023

Danse sociale

 C'était un soir comme ça, tiède mais laissant deviner la fraîcheur de l'automne. Je sortais d'un bar à vin après une date sympa à la fin de laquelle nous avions convenu, lors d'un bilan formel et amusé, que malgré les trois verres bus et la bonne compagnie, nous n'allions pas nous frencher. Nous étions tous deux un peu sauvages, pas sûrs. C'était parfait. 

C'était un soir de fin d'été dans une Petite-patrie zébrée par le passage des vélos et envahie des clameurs des terrasses. Il était 21h00 et je n'avais pas envie de rentrer chez moi. La semaine de liberté sans les enfants doit être saluée par au moins une soirée où on s'écarte un peu de ce qui serait sage. 

En sortant du bar, nous avons marché ensemble vers la Plaza, se dirigeant vers une soirée de bachata à laquelle je souhaitais participer depuis longtemps. Nous frissonnions tous deux. Nous nous sommes dit aurevoir, concluant que nous pourrions peut-être aller prendre des cours de swing ensemble. Pourquoi pas. 

La nuit était encore jeune. Des fêtards étaient à l'extérieur, sur la terrasse, bruyants. La guitare de la bachata résonnait dans la rue. J'ai attaché mon vélo sur un poteau, alors que deux jeunes Français, sévèrement éméchés et fraîchement débarqués de l'avion, m'ont saluée: «Hey! J'adore des cheveux!». La discussion était lancée sur un ton badin, je leur ai demandé s'ils dansaient la bachata, ils ont dit oui. Nous sommes entrés ensemble dans le bar, et nous sommes installés au bar. Rapidement, des verres étaient servis, des shooters sur le comptoir. Les deux touristes, qui se faisaient balader par un ami expat installé au Québec depuis longtemps, avaient le coeur à la fête, et pratiquement au bord des lèvres. 

La pression pour prendre un shooter, puis un autre. Refuser le second. Voir jaillir ces rituels tellement anodins, tellement tristes. Saouler une fille, espérer la ramener. Lui mettre un parasol de papier dans les cheveux, la complimenter, lui demander son âge, s'étonner qu'elle ait la quarantaine entamée. L'embrasser sur la joue de manière furtive. Pendant ce temps, derrière l'accueil où l'on devait débourser une douzaine de dollars pour traverser, les danseurs et danseuses ondulaient sur la musique. 

Corps joyeux, corps qui valsent dans un espace hyper-codifié. Les hommes invitent (le plus souvent, après avoir croisé le regard des femmes), la femme peut toujours refuser. La danse dure le temps d'une chanson, on peut quitter pendant la chanson si ça ne va pas, mais on s'engage grosso modo pour ces trois minutes à faire la danse ensemble. Les mains se touchent, parfois un bras passe dans le dos pour guider, la main de la personne qui suit se dépose sur l'épaule. Les yeux s'effleurent parfois, pas toujours. La musique est le guide, l'écoute est nécessaire. Pleine conscience et connexion. À la fin de la danse, on se remercie, on s'éloigne, on retrouve notre espace jusqu'à la prochaine danse, qu'on peut toujours refuser.

J'hésite à aller danser, j'ai bu trois verres de vin et un shooter. Je danse toujours sobre, ou presque. Il faut beaucoup de présence pour bien danser, beaucoup de précision et de laisser-aller à la fois. J'y vais quand même. Un premier danseur, grand homme noir au visage grave, m'invite et me fait tourner pour une salsa. Un second danseur m'entraîne pour une bachata, puis une autre en compagnie d'un troisième. Je suis rassurée: je suis assez sobre pour danser. Un des touristes traverse aussi pour danser, vient me chercher, semble ne pas comprendre le contexte, se demande si je danserai avec lui même s'il est nul. Je lui explique: «Oui, je danserai avec toi, pour une danse. C'est l'engagement qu'on prend, sauf si c'est vraiment terrible. Et ensuite je danserai avec un autre, puis un autre. Peut-être que je redanserai avec toi si j'ai aimé la danse, sinon je refuserai.» 

Il me saisit les mains, ondule gauchement sur la bachata, trop saoul pour en appendre les pas syncopés. Il m'embrasse sur la joue, je recule, et je prends le lead de la danse. Il me fait tourner un peu, je tiens la distance. À la fin de la danse, je pars avec un autre danseur. Les français s'apprêtent à quitter, je vais les saluer tous trois en les embrassant sur les joues, les serrant dans mes bras, leur souhaitant un bon séjour. À la Québécoise, beaucoup de chaleur mais aucun espoir d'intimité réelle avant un petit bout. Bienvenue en ville, les gars. 

La soirée de danse se poursuit. Je regarde les couples avec admiration, il y a de superbes danseuses, des lead agiles. Les visages sont détendus, tout le monde est calme et heureux d'y être, réunis par cette passion commune. Je danse encore une ou deux bachata, puis je quitte. En débarrant mon vélo, un Ontarien qui roule ses rrr délicatement en parlant un français impeccable vient me parler un peu. On parle de nos parcours en danse, des danses qu'on aime, de la musicalité. Il me parle du forro, m'indique où se passe la prochaine soirée, sous un gazebo. À la prochaine, ou pas. 


vendredi 7 juillet 2023

Wam pam pam walap doup!

c'est le temps des vacances

la saison pour s'aimer

et ma gorge est nouée 

par l'incompréhension

je ne sais plus si je veux

et si j'ai envie de t'ouvrir mes cuisses

je ne sais plus si je peux

je ne sais plus si je peux


c'est le temps des vacances

et le reggaeton  sur la Plaza

et je m'enferme en moi

au son des ventilateurs

en humant les fumées du jour

la course du travail me permet de fuir

ce vide existentiel qui me mange le ventre

c'est clair 

comme la sueur qui perle

sur ton front tendu

jeudi 8 juin 2023

Pattes blanches

 Je ne sais pas pourquoi

et je sais pourquoi 

ton petit livre rose et doux

comme une caresse

s'est enfoncé dans mon coeur qui se refusait à penser les choses. 

En racontant ta tienne de vie, le silence de ton frère, son coeur dans le lit

en disant la folie mathématique de ton père 

les dissimulations de ta mère

j'ai revu les années rue Boyer

j'ai revu ma propre impuissance à encercler la folie. 


C'était certes différents

mais le vernis poli des fleurs 

les roses et les platebandes

les enfants aux yeux bleus

petite famille unie qui arpente les trottoirs le soir pour une marche dans la nuit


en dehors nous étions toujours plus parfaits

unis

et lui

il était là il parlait il était gai

il racontait les fleurs et les époques aux enfants 

il les forgeait à sa main il expliquait à sa grande comment il fallait être et penser

et je disparaissais peu à peu dans mon silence et ma colère 


aujourd'hui j'ai lu d'un trait ton livre

j'ai pris le métro exprès

pour avoir cette paix calme

à lire dans la proximité des corps absents

je ressentais toute ta peine 

que ton frère soit mort pour toujours

pour qu'à jamais les choses ne puissent plus se ressouder

pour qu'à jamais le passé se répète dans la perte infinie du normal 


je pense à ma famille disloquée aux enfants blessés 

je pense aux drames dont on ne saura jamais la texture véritable

si la main est allée là ou là

si c'était pur


je pense aussi à cette folie

qui lorsqu'elle nous soumet au silence et au doute 

ne permet ni liberté ni guérison

nous attache à la peur à la sueur roide 

je pense à ces années à essayer de remettre les choses à l'endroit

alors qu'elles chuintaient constamment dans un gouffre noir


je suis fatiguée, d'une fatigue qui n'a pas de retour

les enfants sont devenus ce qu'ils sont il ne redeviendront pas enfants

et le futur n'a jamais été aussi à l'envers. 


Renard

Bourrasques blanches dehors

 Je te regarde dessiner

Appuyé, sérieux, quatre pattes au sol

Tu es ce qu'il y a de plus beau sur Terre

Je le sais 


Il y a bien sûr tes fossettes

et tous les angles fous de ton visage

et ta bouche dingue 

et ta langue qui vrille

et nos rires fous 

et nos yeux qui rident

et nos mains qui s'affolent

sur nos sexes sans paix


Il y a bien sûr tes sursauts

jubilations soudaines

il y a ton corps de danseur 

et tes sourcils froncés

tes chandails de fripe

tes bas chauds

mes pieds froids

nos yeux aimantés


Il  y a cet amour 

hélium soudain

hors de ce monde


Deux ados

deux animaux

deux adorés

sur le dos de tant aimer. 


samedi 4 mars 2023

Brisure

Il y avait ce moment où les yeux sont liés par un pacte secret par les gestes et les mots. Et il y a ce moment où les corps s'éloignent et où tout fait défaut. Où plus rien ne semble pouvoir réparer les entrechocs. Nous arrivons là où le narratif du couple n'est plus évident là où tout peut nous éloigner là où le quotidien nous lie. Là où notre fille est superbe et nous ordinaires. Nous arrivons là où nous réussissons à faire l'amour parce qu'il le faut bien. Je le sais, nous arrivons là où tout devient fragile parce que tout devrait être fort.

Et pourtant nous nous aimons. Nous nous aimons plein. Sans nous connaître vraiment jusqu'au fond de la chair. En craignant de découvrir ce qui fait peur. L'abîme. L'étrangeté. La défaillance. La traîtrise. Les masques. 

Chante, rossignol, chante
Toi qui a le coeur gai

Et de t'aimer ainsi ça fait peur. Parce que j'ai besoin de toi. Parce que j'ai envie de toi. Parce que l'avenir sans toi me semble bien étrange. Parce que tu es devenu ma famille. Parce que je construis avec toi un domaine vivable, un domaine où je sens que je peux être moi, que je peux devenir meilleure, que je peux t'emmener aussi. T'aimer à l'infini. Te donner cette confiance au long cours. Que je t'aimerai toi pour toujours, qui que tu sois dans la durée. 

Et que je me sens comme un champ de mines. 

Mais aujourd'hui j'ai l'amour souffrant. Le seul repos a été quand je tenais ta queue en ma bouche. Quand je sentais que je te caressais bien. Quand tu soupirais doucement et que je voyais le poids sur tes épaules se soulever un peu, te donner un répit. Cet oxygène de ma journée que de savoir ta jouissance monter, de goûter ton sexe, son jus. Pouvoir goûter pendant cet instant l'union de nos corps repus. Ta queue qui s'est raidie longtemps en ma bouche. 

Mon amour, je souffre de te faire souffrir. Cette longue plaie rêche dans ma poitrine. 

Tu as le coeur à rire 
moi je l'ai à pleurer 

Et je souffre aussi de penser que présentement tu ne m'aimes pas. Te penser fuyant, t'imaginer poursuivant des regards séduisants hors de la maison. Des femmes libres. Curieuses de toi. Pendant ce temps je suis ici, avec la petite qui dort, le ventre mou et les seins humides. Je me sens vieillir alors que tu rajeunis. Ces heures où tu retrouves le monde extérieur et où je veille cet enfant qui est le nôtre. Un mélange de manque et de jalousie. 

On dit rarement ces choses-là, ces souffrances ordinaires. Ça se nomme difficilement, les souffrances ordinaires, tout comme les grandes joies d'ailleurs. Ça se partage si mal. La souffrance ordinaire de manquer son bus. De se faire éclabousser par un bus. Éviter le regard d'un mendiant.  Imaginer son amoureux s'imaginer amoureux ailleurs. Ces choses-là. Ordinaires. 

J'ai décidé, cette semaine, de recommencer à écrire. J'en ai une profonde jouissance et une grande gêne à la fois. L'écriture a toujours fait partie de ma vie. Et en te rencontrant, c'est comme si j'arrivais face à quelqu'un qui en avait fait son domaine, et qui m'en dépossédait symboliquement, en en étant spécialiste. Je ne suis pas docte en la matière. J'aime écrire, par une certaine compulsion. Comme plusieurs, ce n'est pas un exercice de style, c'est un rempart contre la folie. Comme les mots croisés, le tricot ou le jogging pour d'autres. J'aime écrire. Et j'ai tardé à le faire. Il m'aura fallu la perte de ce disque dur avec tous mes textes dessus, la disparition subite de ces petites nouvelles que je fignolais au gré des années pour que je décide d'entamer quelque chose de plus grand. D'autres fictions. Aujourd'hui en voiture je me demandais : quoi ou qui écrire? Quelle histoire en vaut la peine? 

Envie de recommencer à prendre ces notes fugaces pour alimenter un projet plus décent. Devant moi cinq mois et demi de congé de maternité. Assez pour pondre un roman? 

Recommencer à écrire, aussi, pour cesser d'attendre l'amoureux qui a disparu, il y a de cela presque 9 mois, dans une spirale de souffrance passée dont je n'ai pas su le délivrer. Écrire pour arrêter de me morfondre.  Je n'ai pas la vertu des femmes de marin. 

(texte de novembre 2016)












jeudi 24 novembre 2016

Looool


Claudia a participé à une soirée bowling
Jean-François PARLE EN CAPSLOCK POUR RIRE DE CEUX QUI ONT PAS FINI LEUR SECONDAIRE. LOL
Amélie a mangé des linguinis au thon rouge. Miam, son chum est un vrai cuistot. Elle est chanceuse!
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mercredi 16 novembre 2016

Nourrice

Répéter le geste
nourricier
comme un mantra qui calme

répéter le geste
passées
les attentions délicates

monosyllabes
quand j'avance
en reculant
sans donner de coups de poing

monosyllabes
tout ce qui te va
pourvu que silence

devenir
ma mère