Articles les plus consultés

jeudi 8 juin 2023

Pattes blanches

 Je ne sais pas pourquoi

et je sais pourquoi 

ton petit livre rose et doux

comme une caresse

s'est enfoncé dans mon coeur qui se refusait à penser les choses. 

En racontant ta tienne de vie, le silence de ton frère, son coeur dans le lit

en disant la folie mathématique de ton père 

les dissimulations de ta mère

j'ai revu les années rue Boyer

j'ai revu ma propre impuissance à encercler la folie. 


C'était certes différents

mais le vernis poli des fleurs 

les roses et les platebandes

les enfants aux yeux bleus

petite famille unie qui arpente les trottoirs le soir pour une marche dans la nuit


en dehors nous étions toujours plus parfaits

unis

et lui

il était là il parlait il était gai

il racontait les fleurs et les époques aux enfants 

il les forgeait à sa main il expliquait à sa grande comment il fallait être et penser

et je disparaissais peu à peu dans mon silence et ma colère 


aujourd'hui j'ai lu d'un trait ton livre

j'ai pris le métro exprès

pour avoir cette paix calme

à lire dans la proximité des corps absents

je ressentais toute ta peine 

que ton frère soit mort pour toujours

pour qu'à jamais les choses ne puissent plus se ressouder

pour qu'à jamais le passé se répète dans la perte infinie du normal 


je pense à ma famille disloquée aux enfants blessés 

je pense aux drames dont on ne saura jamais la texture véritable

si la main est allée là ou là

si c'était pur


je pense aussi à cette folie

qui lorsqu'elle nous soumet au silence et au doute 

ne permet ni liberté ni guérison

nous attache à la peur à la sueur roide 

je pense à ces années à essayer de remettre les choses à l'endroit

alors qu'elles chuintaient constamment dans un gouffre noir


je suis fatiguée, d'une fatigue qui n'a pas de retour

les enfants sont devenus ce qu'ils sont il ne redeviendront pas enfants

et le futur n'a jamais été aussi à l'envers. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire