Je ne sais pas pourquoi
et je sais pourquoi
ton petit livre rose et doux
comme une caresse
s'est enfoncé dans mon coeur qui se refusait à penser les choses.
En racontant ta tienne de vie, le silence de ton frère, son coeur dans le lit
en disant la folie mathématique de ton père
les dissimulations de ta mère
j'ai revu les années rue Boyer
j'ai revu ma propre impuissance à encercler la folie.
C'était certes différents
mais le vernis poli des fleurs
les roses et les platebandes
les enfants aux yeux bleus
petite famille unie qui arpente les trottoirs le soir pour une marche dans la nuit
en dehors nous étions toujours plus parfaits
unis
et lui
il était là il parlait il était gai
il racontait les fleurs et les époques aux enfants
il les forgeait à sa main il expliquait à sa grande comment il fallait être et penser
et je disparaissais peu à peu dans mon silence et ma colère
aujourd'hui j'ai lu d'un trait ton livre
j'ai pris le métro exprès
pour avoir cette paix calme
à lire dans la proximité des corps absents
je ressentais toute ta peine
que ton frère soit mort pour toujours
pour qu'à jamais les choses ne puissent plus se ressouder
pour qu'à jamais le passé se répète dans la perte infinie du normal
je pense à ma famille disloquée aux enfants blessés
je pense aux drames dont on ne saura jamais la texture véritable
si la main est allée là ou là
si c'était pur
je pense aussi à cette folie
qui lorsqu'elle nous soumet au silence et au doute
ne permet ni liberté ni guérison
nous attache à la peur à la sueur roide
je pense à ces années à essayer de remettre les choses à l'endroit
alors qu'elles chuintaient constamment dans un gouffre noir
je suis fatiguée, d'une fatigue qui n'a pas de retour
les enfants sont devenus ce qu'ils sont il ne redeviendront pas enfants
et le futur n'a jamais été aussi à l'envers.
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